DROITS HUMAINS

En Afrique comme ailleurs, les droits humains progressent au rythme imprévisible des conquêtes sociales et des soubresauts politiques. Face à des régimes où les contre-pouvoirs sont le plus souvent muselés ou exilés, les sociétés civiles africaines héritent du combat pour le respect des droits humains fondamentaux. Face aux injustices et contre l’impunité, et au prix de lourds sacrifices, il revient donc aux Africains de bâtir eux-mêmes les piliers des futurs États de droit sur le Continent.

KURDES, l’heure a-t-elle sonné ?

Critique dans Télérama” du livre “Le peuple kurde, clé de voûte du Moyen-Orient de Olivier Piot, Editions Les Petits matins – 2017.

• CAMEROUN. Le journaliste Amadou Vamoulké maintenu en prison depuis 2016 !

Le journaliste camerounais Amadou Vamoulké, 69 ans, ancien directeur de la TV nationale, croupit en prison (sans jugement) depuis plus de 3 ans. Soutenu par RSF, il a écrit de sa cellule de la prison centrale de Yaoundé la lettre suivante adressée le 25 novembre 2019 au “Monde diplomatique”.

« Cri de détresse ». Lettre à « Le Monde diplomatique »/ 25 novembre 2019 « Local 131. C’est la cellule de la Prison Centrale de Kondengui, à Yaoundé, devenue ma demeure depuis le 29 juillet 2016. Lorsque chacun de ses dix occupants de ces 20 mètres carrés s’est glissé sous son drap, je repense à mon professeur d’histoire qui nous enseignait la traite négrière. J’imaginais un de ces esclaves enchaînés, assis courbé dans une cale et se demandant : « Mais que fais-je ici ? Quels Dieux ai-je pu offenser ? ». L’esclave d’alors n’avait pas de réponse, pas plus que moi aujourd’hui puisque je ne saurais me satisfaire de celle que me donne la justice de mon pays : « Détournement de deniers publics par gonflement artificiel de la Redevance Audiovisuelle » au seul profit de la CRTV que j’ai dirigé entre 2005 et 2016. La Redevance Audiovisuel est géré par le seul Trésorier Payeur Général. Qui peut penser que, venant des bureaux de la Radio Télévision, j’aurais pu m’introduire dans ses services pour y manipuler ses livres comptables et ainsi « gonfler » les chiffres qui s’y trouvaient. Dès lors que la justice d’ici l’a admis contre tout bon sens, j’ai déjà passé plus de trois ans en prison et connu 24 renvois de mon procès qui s’apparente à une comédie… dramatique. Je continue à m’interroger sans cesse sur l’acharnement dont je suis la victime. Ma carrière ne peut en être la raison car mes collaborateurs, ma famille, tous plaident en ma faveur, mettant en avant ma probité et mon intégrité. Mais à quoi bon vouloir plaider ? Le Président Paul Biya pourrait lui-même témoigner en ma faveur puisque c’est à lui que j’ai écrit, dès ma nomination, pour refuser d’hériter du salaire de mon prédécesseur que je trouvais indécent et que j’ai ainsi pu diviser par quatre. Si ce n’est ma carrière, alors quoi ? N’entrevoyant aucune raison crédible, je ne peux qu’en livrer en vrac quelques unes, sans ordre hiérarchique : « il est hautain » (police, renseignement) ; « il n’a rien à faire à la CRTV » (un ministre), ; « il a montré à la télévision la fille du Président en tenue légère » (vidéo montage réalisé à mon insu pour décider le Chef de l’Etat à me démettre), « il a écarté l’entreprise de la fille du conseiller judiciaire du Chef de l’Etat » (ce qui est vrai… pour des raisons objectives) ; «  il n’est pas fiable » (comprendre « contrôlable), etc… . Il est vrai que j’avais veillé à ce que le professionnalisme ne soit pas trop sacrifié aux autres considérations incontournables. J’ai ainsi toujours placé le curseur, notamment éditorial, le plus prêt possible de l’équilibre, sans prendre le risque d’aller trop loin pour ne pas tout briser. Malgré les contraintes et les pressions, je pense avoir réussi à réconcilier les spectateurs camerounais avec leur radio-télévision publique qui doit se situer au « cœur de la Nation », un slogan que j’ai conçu et forgé pour la CRTV. Il est aussi vrai que j’avais signé, et tant que Président de l’Union des Journalistes du Cameroun, un mémorandum directement adressé au Gouvernement pour demander rien de moins que la libéralisation du paysage audiovisuel ainsi que la dépénalisation des délits de presse. Ces actions m’ont valu de fortes pressions et ont bâti une réputation d’ « électron libre », c’est-à-dire, dans le contexte national, celle d’une personnalité indésirable ! Aujourd’hui encore, par naïveté ou bien par confiance dans le devenir de mon pays, je n’arrive pas à admettre que tout cela puisse justifier l’acharnement judiciaire ainsi que le traitement inhumain dont je suis la victime en étant privé d’examens et de traitement médical adaptés à ma neuropathie sévère récemment diagnostiquée et pour laquelle je risque de perdre l’usage de mes membres inférieurs. Je voudrais continuer à espérer que ces paroles d’un penseur du XIXème siècle, Victor Cherbuliez, nous apparaîtront un jour comme une vérité dont nul ne devrait s’éloigner : « La vérité se venge, et quiconque la hait ou la méprise, tôt ou tard sera sa proie ».

• Passé colonial en TUNISIE :
des”excuses” demandées à la France

L’Instance Vérité et Justice chargée d’enquêter sur les violations des droits humains en Tunisie demande des excuses à la France. Un mémorandum – révélé par France Inter – sera prochainement envoyé à Paris pour exiger des indemnisations. En Tunisie, l’Instance « Vérité et Dignité » en charge de la justice transitionnelle termine son mandat en juyin 2019 après plus de quatre ans passé à exhumer les sévices commises pendant la période de 1955 à 2013, aussi bien la guerre d’indépendance, que les deux régimes de Bourguiba et Ben Ali ainsi que la révolution et la période juste après les premières élections démocratiques. C’est une instance qui a dû gérer beaucoup de “polémiques, de discrédits et d’obstacles” pendant son mandat.

• Textile en ÉTHIOPIE :
les plus bas salaires au monde !

Cette image a un attribut alt vide ; son nom de fichier est ethiopie-textile.jpg

Le secteur du textile en Éthiopie affiche le (triste) record de fonctionner avec es plus bas salaires du monde. Soit 26 dollars par mois (23 euros) comme salaire moyen des ouvriers du textile dans ce grand pays. Un revenu calculé dans un rapport rendu public par le Centre Stern pour les affaires et les droits de l’Homme de l’université de New York et cité par RFI. C’est la face cachée du boom économique du pays, vanté depuis plusieurs années par les autorités qui ont construit des parcs industriels pour cette industrie. “Au Bangladesh, dans l’industrie textile, un ouvrier gagne 95 dollars par mois, au Kenya 207 et en Chine 326, en moyenne. Mais en Éthiopie, il ne gagne que 26 dollars par mois, et est le plus mal payé au monde dans ce secteur. Il ou plutôt elle, car selon le Centre Stern qui a étudié les conditions de travail dans le parc industriel de Hawassa, l’un des plus grands du pays, la majorité des employés sont des femmes“. Jeunes paysannes, venues travailler à la chaine pour de grandes marques comme H&M ou Calvin Klein via des fabricants chinois. Addis Abbeba, qui ambitionne de devenir un géant manufacturier, multiplie les incitations envers les investisseurs étrangers mais néglige totalement les conditions de travail. ParagrapheCommencer par la pierre angulaire de tout récit.

Cliquer pour afficher une lettrine.

• La crise alimentaire s’installe
en MAURITANIE

L’insécurité alimentaire menace toujours en Mauritanie. Depuis 2018, la sécheresse menace les populations du sud et de l’est du pays. Rainatou Baillet, directrice adjointe du PAM (Programme alimentaire mondial) en Mauritanie, tire la sonnette d’alarme dans un entretien accordé au Monde Afrique. “On estime que 559 000 personnes seront en situation d’insécurité alimentaire [en 2019, ndlr] pendant la période de soudure qui va de juin à septembre, contre 538 000 en 2018. On s’attend donc à un moment difficile où l’on va devoir assister les plus vulnérables. Selon nos prévisions, la malnutrition aiguë globale pourrait affecter 11,6 % de la population mauritanienne avec un taux de cas sévères à hauteur de 2,3 %. Le seuil d’urgence étant fixé à 2 %, nous sommes en alerte”. Les régions du Gorgol, de l’Assaba, du Guidimakha, de l’Hodh El Gharbi, du Brakna et même du Tagant, “que l’on range dans le « triangle de l’espoir », regroupent à elles seules 89 % des 559 000 personnes concernées. Ce sont des zones majoritairement situées dans le sud de la Mauritanie, proches de la frontière avec le Mali. Il s’agit des mêmes régions qu’en 2018. C’est bien ce qui est inquiétant”.

• Conflit et crise humanitaire
au CAMEROUN

Entamée en 2016, la crise au Cameroun anglophone sort enfin de son huis clos et intéresse les Nations Unies (ONU). “Depuis près d’un an, la diplomatie américaine exprime à voix haute son inquiétude sur le conflit qui prévaut entre des groupes sécessionnistes et les autorités camerounaises dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.”, précise un article de Le Monde Afrique. Du côté du Palais d’Etoudi, où le président Paul Biya préside depuis trente-six ans aux destinées du pays, cette volonté d’internationaliser la solution au conflit suscite une franche réprobation et quelques commentaires acerbes. « La situation au Sud-Ouest et au Nord-Ouest ne menace en rien la paix et la sécurité internationale. Il y a des gens qui s’ennuient, dont la mission est de distiller le pessimisme et l’anxiété à haute dose dès qu’il s’agit de l’Afrique », juge un très proche du chef de l’Etat. A Paris, un diplomate s’inquiète de « l’escalade de la violence dans les régions anglophones », que « les durs du régime ont renforcé leur position après les élections » tout en estimant que « la situation est complexe » et que la discrétion demeure le meilleur moyen de faire évoluer Yaoundé.

• ALGÉRIE : harcèlement contre
un avocat défenseur des droits humains

Un avocat algérien, Salah Dabouz, défenseur des droits humains fait face à des poursuites judiciaires et à une restriction de ses activités, selon toute apparence pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression, a déclaré Human Rights Watch (HRW). Dans un communiqué, l’organisation précise : ” Salah Dabouz, ancien président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), est poursuivi pour des posts sur Facebook où il critiquait les poursuites engagées contre des membres de la minorité ethnique mozabite dans le pays. Un tribunal lui a également ordonné de se présenter trois fois par semaine aux autorités de Ghardaïa, à 600 km de son domicile d’Alger“. Avant de poursuivre : « Les autorités algériennes devraient cesser de se servir de lois répressives et dordonnances de contrôle judiciaire paralysantes afin de réduire au silence ceux qui critiquent leur conduite », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW.

• LIBYE : guerre et urgences humanitaires

Selon plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), la guerre en Libye a généré une crise humanitaire majeure. “Alors que les combats entre les troupes du gouvernement d’Union nationale et celles du maréchal Khalifa Haftar se poursuivent, la situation humanitaire continuait de s’aggraver dans le pays. L’OMS parle de 35.000 déplacés”, souligne en avril 2019 la Deutsche Welle sur son site. Nadjia Sogousy est mère de quatre enfants et elle fait partie des déplacés. Elle explique : “les éclats d’obus ont détruit ma maison. J’ai dû prendre la fuite. Maintenant, j’habite chez des parents. Le peuple libyen vit dans la peur et la terreur. C’est simplement horrible,” conclut-elle. De son côté, l’ONU tire la sonnette d’alarme : les combats et les bombardements ont “un impact sur les services sociaux, notamment de santé, mais aussi potentiellement sur l’eau, l’assainissement, l’électricité”, selon Maria do Valle Ribeiro. La représentante adjointe de l’ONU en Libye pointe notamment “les difficultés d’accès aux zones de combats et le sort des migrants, demandeurs d’asile et réfugiés, dont 3.600 se trouveraient dans des zones proches des lignes de front”.

• Le Monde a-t-il tiré les leçons du GÉNOCIDE au RWANDA ?

Vingt ans après le génocide rwandais (1994), toutes les leçons de ce drame insoutenable ont-elles été tirées par nos dirigeants ? Pour Amnesty International, le doute est permis. “La dangereuse tendance mondiale à mettre en avant des politiques fondées sur la haine et la division montre que les dirigeants du globe ne tiennent pas compte de manière collective des terribles leçons du génocide rwandais de 1994”, souligne l’organisation dans une tribune. Et de rappeler qu’ “au cours des 25 années qui ont suivi le génocide, le monde a été témoin de crimes innombrables relevant du droit international, ainsi que de violations des droits humains, qui découlent bien souvent des mêmes stratégies d’exclusion et de diabolisation que celles qu’a employées le gouvernement rwandais en amont du génocide.” Plusieurs élections, “événements qui amorcent trop souvent les politiques de diabolisation”, sont prévues en 2019 – notamment en Inde et dans l’Union européenne – “aussi les dirigeants du monde doivent-ils prendre l’engagement de faire de la politique autrement”.

• GUINÉE : l’État va-t-il enfin
lutter contre l’impunité ?

Revenir sur les violences en Guinée en 2018 et faire la transparence sur les agissements des forces de l’ordre : l’État dirigé par Alpha Condé en sera-t-il capable. C’est la question que pose l’organisation Human Rights Watch (HRW). “La Guinée a connu de fréquentes manifestations de rue violentes en 2018, rappelle HRW, dans un contexte où des organisations non gouvernementales et les partis d’opposition organisaient des marches de protestation liées à des causes diverses comme des élections locales contestées, une longue grève des personnels de l’éducation nationale et un mécontentement à la suite de hausses des prix du carburant”. Le manquement au devoir d’enquêter de manière adéquate “sur les allégations de conduite répréhensible de la part des forces de sécurité et de violences de la part des manifestants risque d’alimenter à l’avenir de nouveaux cycles de violences politiques », déclare Corinne Dufka, directrice pour l’Afrique de l’Ouest à HRW. « Le gouvernement guinéen devrait prendre des mesures concrètes pour mettre fin à la traditionnelle impunité qui caractérise ce genre de violations”.

• MOZAMBIQUE : un journaliste
radio détenu en prison

Au total, pas moins de 38 organisations se sont mobilises pour exiger la libération d’Amade Abubacar, un journaliste radio (un média détenue par l’État – Rádio e Televisão Comunitária Nacedje de Macomia – dans la province de Cabo Delgado) détenu de façon arbitraire au Mozambique. Selon un communiqué de Human Rights Watch (HRW), “Amade est en détention depuis le 5 janvier, date à laquelle il a été arrêté sans mandat par des policiers du district de Macomia. Au moment de son arrestation, Amade interrogeait des personnes qui avaient fui leur domicile en raison de l’intensification des attaques violentes perpétrées par des individus soupçonnés d’appartenir à un groupe extrémiste. La police l’a remis à l’armée qui l’a emmené dans un centre de détention dans le district de Mueda, où il a été maintenu au secret pendant 12 jours. Il y aurait subi des mauvais traitements”.

• MAROC : peines confirmées
pour les militants du “Hirak”

Sans surprise, la justice marocaine a confirmé en appel les peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour les 42 militants du Hirak (la “Mouvance”), mouvement qui avait agité la région du Rif en 2016-2017. “Vive le peuple”, “Etat corrompu”, “vive le Rif”, a crié la foule à la sortie de la salle d’audience, selon le compte rendu d’un journaliste de La Croix. Pendant les délibérations, plusieurs dizaines de personnes – des familles, des militants du Hirak ou des droits humains – ont manifesté devant le tribunal sous une fine pluie pour demander la libération des “détenus politiques”. “C’est la politique de la peur qui est opérée depuis pas mal de temps déjà, pour dire à tous ceux qui ont des revendications qu’il vaut mieux qu’ils se taisent”, a de son côté regretté après le jugement Nabila Mounib, une femme politique et figure de la gauche marocaine. La protestation populaire du Hirak avait été déclenchée par la mort, en octobre 2016, d’un vendeur de poissons, broyé dans une benne à ordures en tentant de s’opposer à la saisie de sa marchandise.

• BURUNDI : le journalisme
plutôt que l’exil…

© Émile Costard

Ils sont près de 70 journalistes burundais à avoir choisi de s’installer à Kigali, la capitale du Rwanda voisin, pour poursuivre leur mission journalistique. Un reporter du Monde Afrique, Émile Costard, les a rencontrés et nous livre un reportage singulier. “Animateur vedette la nuit, journaliste enquêteur le jour, Gilbert Niyonkuru était également directeur des programmes de la RPA, raconte Émile Costard. Jusqu’à ce jour de mai 2015 où il a dû tout quitter après le coup d’Etat manqué contre le président Pierre Nkurunziza”. Alexandre Niyungeko, président de l’Union burundaise des journalistes, était lui aussi dans le viseur du régime après avoir signé plusieurs communiqués qui dénonçaient les brutalités policières. Il dirige aujourd’hui à Kigali la radio Inzamba, où près de 30 journalistes en exil continuent leur mission. “Autrefois foisonnant, le paysage audiovisuel burundais se résume aujourd’hui à quelques rares médias qui peinent à produire une information indépendante. Selon le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF), le Burundi occupait en 2018 la 159place du classement mondial de la liberté de la presse sur 180″.

• MAURITANIE : deux bloggeurs
arrêtés pour diffamation

Les blogueurs Abderrahmane Weddady et Cheikh Ould Jiddou, sont connus en Mauritanie pour leurs écrits critiques à l’égard des dirigeants de ce pays, y compris au sujet d’allégations spécifiques portant sur des actes illégaux qu’aurait commis le président Mohamed Ould Abdel Aziz. Selon Human Rights watch (HRW), les deux hommes ont été arrêtés le 22 mars 2019. « Un pays qui se considère comme démocratique ne devrait pas envoyer les gens en prison parce qu’ils ont publié des informations d’intérêt public, même si elles sont contestées ou discutables », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW. « Les autorités mauritaniennes devraient libérer immédiatement ces deux blogueurs, qui sont clairement détenus pour des actes d’expression pacifiques », a conclu Sarah Leah Whitson. Abderrahmane Weddady est un entrepreneur du bâtiment, ancien journaliste et ancien militant du parti Rassemblement des forces démocratiques, qui vit à Nouakchott. Sa page Facebook est largement suivie, ont rapporté les membres de sa famille. Cheikh Ould Jiddou, également de Nouakchott, est un consultant juridique, ancien militant d’un parti d’opposition, qui se montre critique envers le gouvernement, principalement sur sa page Facebook, a déclaré son épouse, Zainab Mint Bally. Pour Sarah Leah Whitson, « les plaintes de diffamation doivent être examinées par un tribunal indépendant dans le cadre d’une action en justice civile, et non pas d’un procès criminel. »

• Deux LANCEURS D’ALERTE
congolais assignent en France

Les lanceurs d’alerte congolais Jean-Jacques Lumumba et Guylain Luwere ont assigné en février 2019 devant les juridictions françaises la BGFI et sa filiale congolaise dirigée par des proches de l’ancien président Joseph Kabila. Selon la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), les deux banquiers avaient signalé à leurs supérieurs des détournements de fonds publics et l’existence de comptes liés au financement du terrorisme. Après avoir subi des représailles, ils ont été forcés de s’exiler avec leurs familles. La Banque Gabonaise et Française internationale (BGFI Holding Corporation SA) est une banque dont la maison mère est basée à Libreville (Gabon). Elle se présente sur son site internet comme « la première banque d’Afrique centrale ». Elle possède des filiales au Gabon, en République du Congo, à Madagascar, en Guinée équatoriale, au Bénin, au Sénégal, en RDC, au Cameroun, en Côte d’Ivoire et en France. Selon un coimmuniqué de la PPLAAF, « ces deux lanceurs d’alerte ont eu l’immense courage de mettre en lumière de graves pratiques de prédations des ressources en RDC. En tant que réfugiés français, ils ont le droit de saisir les juridictions françaises », ont déclaré Me William Bourdon et Me Henri Thulliez, avocats de Jean-Jacques Lumumba et Guylain Luwere. « La responsabilité de la banque congolaise en tant qu’employeur, et de la banque gabonaise en tant que maison mère, ne fait, à nos yeux, aucun doute. Le climat d’impunité régnant au sein de la banque a permis à certains dirigeants de menacer leurs employés et à recourir à des activités tout à fait immorales ».

• VIOLS de guerre : briser le silence

Des victimes venues des quatre coins du monde ont partagé leurs histoires lors d’une conférence au Luxembourg, les 26 et 27 mars. Leurs histoires sont tragiques et parelent toutes d’un drame : les viols de guerre. Compte rendu dans Le Monde afrique sous la plume d’Annick Cojean.La démarche était inédite. Jamais forum ne leur avait donné autant la parole. Jamais elles n’avaient été amenées à partager avec des experts leurs attentes et expériences de soins physiques et psychologiques, explique la journaliste. Jamais elles n’avaient pu exprimer devant médecins, avocats, élus ou représentants de gouvernements européens, d’organisations humanitaires, de la Croix-Rouge, de la Cour pénale internationale et de l’ONU, leur frustration immense en matière de justice et leurs besoins urgents de réparation“. Et les pays du Sud n’étaient pas les seuls représentés à ce forum. Des femmes du Kosovo étaient par exemple venues pour témoigner des 20 000 viols qui ont eu lieu au cœur de l’Europe, à la fin des années 1990, au moment de la guerre, et le long combat pour qu’ils soient reconnus, car les victimes, « dans cette société machiste », étant contraintes au silence.

SOMALIE : secret sur les
frappes américaines

L’organisation Amnesty international (AI) dénonce le secret qui entoure, selon ses enquêteurs, les frappes américaines en Somalie. “Nos conclusions contredisent directement la version de l’armée américaine qui se targue de zéro victime civile en Somalie. Cette assertion semble d’autant plus saugrenue que les États-Unis ont triplé leurs frappes aériennes dans le pays depuis 2016, dépassant le nombre de frappes en Lybie et au Yémen réunis”, assure AI qui précise que “le nombre de frappes aériennes américaines en Somalie a connu une brusque augmentation après le 30 mars 2017, lorsque le président Donald Trump a signé un décret déclarant le sud de le la Somalie “zone d’hostilités actives” “.

• CAMEROUN : incarcération
d’un opposant

Maurice Kamto, le fondateur du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), principal parti d’opposition au Cameroun, a été incarcéré fin janvier 2019. Le Président du MRC, était arrivé deuxième (avec 14,23 % des suffrages) du scrutin présidentiel d’octobre 2018, selon le Conseil constitutionnel, derrière Paul Biya, crédité de 71,2 % des voix. Depuis, l’avocat et ancien ministre conteste ce scrutin qu’il avait qualifié de « hold-up électoral ». Dans une Tribune intitulée ” Droit, justice et dignité pour Maurice Kamto ” parue dans Le Monde Afrique, des juristes soutiennent l’opposant accusé par le régime de multiples chefs d’inculpation tels que « insurrection, hostilités contre la patrie, rébellion, dégradation de biens publics ou classés, outrage au président de la République, réunion et manifestation, attroupement, caractère politique, destruction et complicité des mêmes faits ». Le collectifs d’avocats appelle au respect des principes fondamentaux par lesquels le Cameroun est lié. Or, que disent ces textes ? “Que nul ne peut être inquiété pour ses opinions, que tout citoyen a le droit de voter et d’être élu, au cours d’élections périodiques et honnêtes, que la dignité humaine doit en toutes circonstances être préservée, que nul ne peut être soumis à des traitements contraires à celle-ci, que nul ne peut faire l’objet d’une mesure d’arrestation ou de détention arbitraire, que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement par un tribunal compétent, indépendant et impartial, qu’elle a droit à la liberté d’opinion, d’expression et de réunion pacifique…”

• Quel CADRE pour les Droits humains
en Afrique ?

Sur son site, la plateforme d’information Humanrights.ch propose une synthèse du “système des droits de l’homme en Afrique“. Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1981), textes de l’Organisation de l’Union africaine (UA-1999), Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (1986), projet de création d’une Cour africaine de Justice et des Droits de l’homme…
Il n’est pas inutile de revenir sur ce cadre de chartes, textes, conventions et autres protocoles pour voir le chemin parcouru, au moins dans les textes. Mais aussi pour mieux cerner ce qu’il reste à construire en matière de textes et de leur application.

• RACISME : le Maghreb tourne le dos à l’Afrique

Dans une Tribune parue fin février dans “le Monde Afrique”, l’historien tunisien Salah Trabelsi (maître de conférences en histoire et civilisation à l’université Lumière Lyon II, et directeur adjoint du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo) revient sur les sources historiques du racisme dont sont victimes les Noirs dans les pays d’Afrique du Nord. “Qu’ils en soient natifs ou non, les Noirs au Maghreb font l’objet d’une déconsidération doublée de discrimination“, précise l’historien qui s’interroge sur les raisons qui ont conduit les Etats maghrébins à revendiquer avec zèle et empressement une “parenté putative avec l’arabité” et à rejeter avec force leur africanité ? “L’un des traits marquants de l’histoire des pays arabes, est celui d’une extrême durabilité des formes de servitude et d’esclavage, explique-t-il. Etrangement, les esclaves noirs ont été les derniers à obtenir leur émancipation, et ce bien après celle des esclaves mamelouks, européens et circassiens. Ce processus lent et toujours inachevé explique, en partie, l’émergence tardive de la question des inégalités sociales et raciales. Par ailleurs, l’extension des violences racistes montre à quel point les préjugés, que l’on croyait appartenir à un temps révolu, continuent de proliférer. Manifestement, le problème est encore d’actualité. Aujourd’hui comme hier, la persistance des inégalités sociales et raciales fait obstacle à l’accès aux libertés publiques et citoyennes“.

• Répression “légale”​ contre les ONG

Au cours des cinquante dernières années, au moins 50 pays ont adopté des lois qui entravent le travail des ONG et des défenseurs des droits humains : tel est l’un des constats dressés par Amnesty International dans un récent rapport intitulé “Répression, des lois conçues pour museler : la répression mondiale des organisations de la société civile”. Les gouvernements de ces pays “adoptent des lois qui imposent aux ONG et à leur personnel des dispositifs de surveillance et des entraves administratives absurdes, et qui les exposent à un risque permanent d’emprisonnement”, souligne les experts d’AI, précisant qu’ “au cours des deux dernières années seulement, près de 40 lois portant atteinte au droit d’association et destinées à entraver les activités des organisations de la société civile ont été mises en place ou sont en chantier à travers le monde“. Ces lois instaurent généralement pour les organisations “une procédure d’enregistrement abusive, une surveillance de leurs activités, des restrictions concernant leurs sources de financement et, dans de nombreux cas, prévoient leur fermeture si elles ne respectent pas les obligations abusives qui leur sont imposées“.

• GUINÉE ÉQUATORIALE : fausses accusations contre un avocat

Les autorités de Guinée Équatoriale viennent de désigner l’avocat anticorruption français William Bourdon parmi 16 personnes visées par un mandat d’arrêt, apparemment “en guise de représailles pour le rôle qu’il a joué dans un procès pour blanchiment d’argent contre le fils aîné du président”, ont déclaré aujourd’hui dix organisations qui se consacrent à la lutte contre la corruption. Le mandat d’arrêt accuse les 16 personnes désignées de blanchiment de capitaux et d’aider à financer « le terrorisme et la prolifération du trafic darmes en Afrique centrale », précise Human Rights Watch, dans un récent communiqué. Maître William Bourdon a fondé l’association Sherpa, vouée à la lutte anticorruption dans un cadre juridique, et qui a été le fer de lance de procès intentés en France contre les proches de plusieurs chefs d’État pour détournement de fonds publics (les “biens mal acquis”). « Ce que nous observons aujourd’hui en Guinée équatoriale nest pas nouveau, mais sinscrit dans un comportement récurrent du gouvernement, qui cherche depuis longtemps à faire taire les critiques.Régulièrement, les dirigeants harcèlent, intimident et font arrêter des défenseurs des droits humains, des avocats, des membres de lopposition politique et tous ceux qui osent élever la voix contre les abus du gouvernement », a déclaré Marta Colomer, chargée de campagne pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

• Élections et ENFANTS des rues à Dakar

A l’occasion de la campagne pour les prochaines élections présidentielles au Sénégal (le 29 février 2019), le scandale de l’exploitation des enfants des rues ressurgit. Par milliers, ces mineurs (Talibés) qui vivent dans les pensionnats d’écoles coraniques (Daraas) sont bien souvent obligés de mendier argent et nourriture dans les rues des villes du pays. Dans un récent article, l’organisation Human Rights Watch estiment leur nombre à 100 000 et dénonce le peu d’engagemnt des candidats sur cette question. « Comment se fait-il que le gouvernement soit capable de combattre le terrorisme, mais pas la mendicité et l’esclavage moderne des enfants qui se déroulent au vu de tous ? », a de son côté déclaré Mamadou Wane, président de la Plateforme pour la promotion et la protection des droits humains (PPDH).

• MIGRATIONS : l’Afrique devance l’Europe

La thèse du “déferlement” des Africains vers l’Europe est déjà ancienne, mais elle s’avère tenace. Dans une tribune parue dans le magazine “Alternatives Économiques”, Tancrède Voituriez, chercheur à l’IDDRI et au CIRAD, interroge cette “fiction” . “La nouveauté de la période n’est ni la thèse elle-même, ni véritablement la taille de son audience, mais son incohérence avec les faits que des chercheurs ont pu rassembler depuis son apparition“, souligne-t-il. Et le chercheur redonne quelques clés : les migrations internationales sont majoritairement des migrations « sud-sud » ; deux tiers des migrations internationales en Afrique se font à l’intérieur du continent ; en Afrique de l’Ouest, majoritairement francophone, la part de migrations internes dépasse 85 %. De son côté, “l’Europe est une terre d’accueil de migrants, dont les flux rapportés à la population restent dérisoires”. Ils ont oscillé entre 0,25 % et 0,36 % au cours des dernières années (0,36 % marquant le pic de 2016). “L’Europe est-elle incapable d’intégrer de si maigres flux ?“, s’interroge le chercheur, rappelant que “l’Union Africaine fait activement la promotion de la libre-circulation des personnes“. Vers l’Europe ? Non, à l’intérieur du continent. Un Protocole sur la libre-circulation des personnes a été signé par l’Union africaine en 2018. La décision de créer un passeport Africain unique devrait être adoptée en 2019. Certains pays l’ont du reste devancé. “L’Ethiopie, par exemple, a récemment mis en place une politique « zero-visa » pour les ressortissants d’Afrique et elle a dans le même temps réformé sa politique d’asile en accordant l’accès des réfugiés à son marché du travail”.

• “Devoir de vigilance” des MULTINATIONALES

Associée à d’autres organisations, Amnesty International vient de publier une étude qui fait le point sur l’application du “devoir de vigilance” des entreprises. En 2017, la France fut en effet le premier pays à adopter une législation contraignante sur le respect des droits humains et de l’environnement par les multinationales. Celles-ci ont désormais l’obligation légale d’identifier et de prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement qui résultent de leurs propres activités, mais aussi de celles de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs avec lesquels ces multinationales entretiennent une relation commerciale établie, en France et dans le monde. Or, deux ans plus tard, force est de constater que le bilan est mince. “Sur les 80 plans de vigilance analysés par nos associations, précise l’étude d’Amnesty, la plupart ne répondent que très partiellement aux exigences de la loi, notamment en termes d’identification des risques de violations, de leur localisation et des mesures mises en œuvre pour les prévenir. Plus grave encore, certaines sociétés, telles que Lactalis, le Crédit agricole, Zara ou encore H&M n’ont toujours pas publié de plan de vigilance, en dépit de l’obligation légale qui leur est faite”.

• Contre l’impunité des MULTINATIONALES

Emmaüs International participe à la coalition d’associations, syndicats et mouvements sociaux unis dans le cadre de la campagne de mobilisation européenne « Des droits pour les peuples, des règles pour les multinationales », appelant à la signature d’une pétition : http://stopimpunite.org/. Ensemble, ces acteurs rendent public le système opaque de justice d’exception dont bénéficient les entreprises multinationales.