DÉMOCRATIE

Les pays d’Afrique connaissent des régimes politiques très différents. Élections plus ou moins libres et transparentes, libertés d’expression bafouées ou sous très haute surveillance, indépendances fragiles des médias, mais initiatives foisonnantes quoique souvent bridées des sociétés civiles… En convoquant tous ces paramètres qui composent l’équation de ses transitions, l’Afrique trace des parcours inédits et singuliers vers de nouveaux modèles de démocratie

• “MÉDIAS & DÉMOCRATIE” – 2019 :
le journalisme AFRICAIN à Tunis / Bordeaux

En 2019, pour sa quatrième édition, la plateforme “Médias & Démocratie” organise, à Tunis et Bordeaux, la formation de 20 journalistes africains (Algérie-Tunisie-Mauritanie). Au programme : 5 modules de formation (éthique-fact checking-réseaux sociaux-lanceurs d’alerte-experts et animateurs) , immersion dans la rédaction de “Sud Ouest”, deux conférences à Tunis (IPSI et IFT), deux débats en France (IJBA et EPJT) et le colloque de clôture à Bordeaux. Avec pour marraine Maryline BAUMARD, directrice du “Monde Afrique”, le dispositif est soutenu par les partenaires traditionnels de M&D et par CFI dans le cadre du programme “MediaLab Campus”.

• La démocratie à nouveau malmenée
en MAURITANIE

Mohamed Ould El Ghazouani – le candidat du parti au pouvoir à la présidentielle, ancien ministre de la Défense et héritier présumé du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz -, a officiellement remporté (avec 52 % des voix) la dernière élection présidentielle en Mauritanie (22 juin). Aussitôt annoncés, ces résultats électoraux ont donné lieu à de nombreuses contestations dans le pays et sa capitale (Nouakchott). “On sent ainsi monter, à Nouakchott, l’exaspération d’une partie non négligeable de la population, lassée d’être traitée comme des citoyens de seconde zone condamnés à se débattre pour leur survie quotidienne. Convaincus que la voie des élections ne circule que dans un sens, celui du pouvoir en place, peuvent-ils être tentés d’emprunter les chemins de traverse qui conduiraient à une contestation violente du système ?“, souligne Chritophe Chatelot dans Le Monde Afrique dans un article intitulé : “Les limites de la démocratie mauritanienne”. Juste près l’élection de Mohamed Ould Ghazouani, les autorités mauttaniennes ont interdit toute manifestation et procédé à des arrestations et ont coupé Internet…

• GUINÉE : la constitution menacée
par l’ambition d’Alpha Condé

Alpha Conde – REUTERS/Benoit Tessier

L’écricain guinéen francophone Tierno Monémembo s’est exprimé, le 25 juin 2019, à la maison de la presse de Kipé (Conakry). Ses propos sont repris par la rédaction du site Alerteur. “La constitution n’est pas une chemise qu’on jette quand on veut… C’est un texte sacré qui régit les lois de ce pays“, a déclaré l’intellectuel, lauréat prix Renaudot 2008, s’adressant à Alpha Condé, l’actuel présesident de Guinée qui souhaite changer le “texte” pour briguer un nouveau mandat à la tête du pays. De son côté, Le Monde Afrique estime que “Alpha Condé – élu une première fois en 2010 puis réélu en 2015 – achèvera son deuxième et dernier mandat en 2020. Il est impossible de modifier l’article 27 en cas de révision constitutionnelle car « le nombre et la durée des mandats du président ne peuvent faire l’objet d’une révision » (article 154). Reste alors une seule possibilité : réécrire une nouvelle Constitution, faire accepter ce projet par le Conseil constitutionnel, passer par l’avis consultatif des députés, puis organiser un référendum afin que le peuple valide le texte“.

• L’ANC et le fléau de la corruption
en AFRIQUE DU SUD

Les dernières élections législatives en Afrique du Sud l’ont montré : la récente victoire de l’ANC ne vont guère empêcher son déclin. Selon le dépouillement de plus de 95% des 23.000 bureaux de vote du pays, l’ANC a rallié plus de 9,1 millions d‘électeurs, soit 57,7% des suffrages, et renouvelé sa majorité absolue à l’Assemblée nationale. Toutefois, ce résultat est en recul de près de cinq points par rapport au scrutin de 2014 (65 %) et le plus mauvais jamais réalisé par le parti historique de Nelson Mandela en vingt-cinq ans de pouvoir. Une fois élu par les députés, le préwident sud africain, Cyril Ramaphosa, sera être investi pour un nouveau mandat de chef de l’Etat. Selon le site d’informations Africanews, “Tout au long de sa campagne électorale, l’ANC a été confronté à l’impatience et la colère d’une part croissante de la population face à la corruption, au chômage de masse (27%) et aux inégalités criantes qui persistent, un quart de siècle après la chute du régime de l’apartheid.” Avant d’ajouter : “Nous leur avons donné vingt-cinq ans (de pouvoir) mais les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches encore plus riches”, a résumé en votant mercredi Anmareth Preece, une institutrice de 28 ans, électrice à Coligny (nord-ouest). L’opposition n’a pas non plus épargné l’ANC, dénonçant un parti “pourri jusqu‘à la moelle” et appelant au “changement”.

• Le SOUDAN sur le fil de la transition démocratique

Un reporter de la Deutsche Welle est allé à la rencontre de contestataires de la rue au Soudan. “Le pays a une grande tradition de révolutions et de soulèvement, explique le journal. Pourtant cela n’a jamais vraiment fait avancer le pays.” Le dictateur Omar El Béchir en est le meilleur exemple. “Pendant 30 ans, envoyer ses adversaires en prison et payer ou offrir des postes pour corrompre était devenu une routine. Mais contre la contestation des femmes il n’a pas trouvé de parade“. Maintenant, il faut aller s’attaquer au “deep state”, l’Etat obscur, comme l’appellent les Soudanais. C’est un “mélange de militaires, d’islamistes, et de partis qui domine tout, qui est comme une hydre”, cet animal à plusieurs têtes de la mythologie grecque. Comment en venir à bout? La question n’a pas encore trouvé de réponse. La Süddeutsche Zeitung décrit l’ambiance et l’effervescence dans le quartier général de l’opposition, érigé à côté du QG de l’armée. Il faut passer des barrières où chacun est fouillé. On y explique qu’il s’agit d’empêcher “que le vieux régime n’envoie des provocateurs et fauteurs de trouble pour discréditer la contestation”. De l’autre côté de la barrière, des victimes de cet ancien régime, mais aussi des défenseuses des droits de la femme qui parlent de violences conjugales, des associations de médecins qui dénoncent l’effondrement du système de santé.

• En RDC, Kabila garde “ficelé”
le président Tshisekedi

Élu voilà 100 jours, le nouveau président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi gouverne-t-il vraiment le pays ? ” Quatre mois après les élections du 30 décembre 2018, le plus grand pays d’Afrique francophone n’a ni premier ministre ni gouvernement, mais plusieurs présidents“, souligne un article de Joan Tilouinedans Le Monde Afrique. Au cours de ses cent premiers jours, Félix Tshisekedi (55 ans) “s’est révélé incapable de s’affranchir de l’emprise de son prédécesseur, Joseph Kabila, avec qui il a noué un pacte dans l’ombre pour s’assurer une victoire – contestée et certainement frauduleuse – à la présidentielle”. La sécurité reste le domaine réservé de Joseph Kabila, à qui la plupart des généraux demeurent fidèles. Plus largement, les hauts responsables de l’armée, qui constituent les piliers sécuritaire et économique de l’ancien régime, avec leur mainmise préservée sur une partie des ressources naturelles, sont tous restés en place et étroitement lié à Kabila. Autant dire que sans une volonté rapide et ferme de rompre avec l’ancien régime, Félix Tshisekedi restera “ficelé” à l’ancien dicateur congolais.

• BÉNIN : la logique autoritaire
et répressive de Patrice Talon

Avec un taux d’absention record de plus de 75 %, le scrutin législatif du 28 avril a donné lieu à de violents affrontements dans la capitale béninoise et plusieurs autres villes du pays. Selon le journalLa Croix, ” les anciens présidents Boni Yayi (2006-2016) et Nicéphore Soglo (1991-1996) ont évoqué un “coup d’Etat électoral” de Patrice Talon, l’actuel président du pays. Ses détracteurs l’accusent d’avoir engagé un tournant autoritaire au Bénin, pays modèle de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Chez ses opposants comme au sein de la société civile, on l’accuse d’être derrière l’exclusion du scrutin des grands partis d’opposition, officiellement évincés pour n’avoir pas respecté le nouveau code électoral. De leur côté “Amnesty International et de nombreuses associations locales de la société civile béninoise ont dénoncé les coupures d’internet ainsi qu’un “niveau de répression alarmant” au Bénin“. Enfin “L’Union européenne a fait part de son embarras“. Le 2 mai, une personne était déclarée morte lors des premiers affrontements avec les forces de l’ordre…

• AFRIQUE DU SUD : nouvelles révélations sur l’Apartheid

L’Afrique du Sud vient de fêter les 25 ans de sa transition postapartheid. Un reportage du Monde Afrique revient sur cette date anniversaire, alors que la période sombre du régime ségrégationniste continue de révèler ses horreurs. “Dans les années 1980 et 1990, une obscure milice pro apartheid aurait inoculé intentionnellement le virus du sida à des Noirs vivant dans des quartiers pauvres en Afrique du Sud, sous couvert d’une campagne de vaccination, note le journal. Sauf que ces affirmations ne sortent pas d’un film à gros budget. Elles sont présentées comme véridiques dans un documentaire mettant en scène les confessions d’un ancien mercenaire ayant appartenu au groupe en question”. Autre exemple : en août 2018, l’ancien policier Mark Minnie et la journaliste Christ Steyn ont révélé “la supposée existence d’un réseau de pédophilie impliquant trois ministres du gouvernement nationaliste blanc de Pieter Botha“. Leur ouvrage, The Lost Boys of Bird Island, détaille “comment, dans les années 1980, des enfants métis de Port-Elizabeth (Sud) étaient kidnappés pour assouvir les pulsions sexuelles d’hommes puissants du Parti national”. Suite à la publication de ce livre, Mark Minnie s’est donné la mort dans d’obscures circonstances…

• ALAA SALAH, l’icône du Soudan parle…

Sa silhouette drapée de blanc a fait le tour du monde. Dans un entretien avec BBC Afrique, Alaa Salah, explique sa participation aux manfestations de Khartoum. Pour cette jeune étudiante de 22 ans, auteure d’une vidéo “virale”, “tous les Soudanais sont des icônes de la révolution”. Elle souligne l’importance des femmes dans le renversement d’Omar El-Bechir. “Nous n’avions pas peur mais nous étions conscientes des riques. N’importe quoi aurait pou arriver…”. Puis elle revient sur son engagement dans les manfestations de rue : “J’ai participé car je rêvais d’un Soudan meilleur, où chacun puisse vivre dans la dignité et l’honneur”.

• Référendum contre la démocratie
en ÉGYPTE

Les Égyptiens ont été invités à participer à un référendum pour une reévision de la constitution. Objectif : permettre au président général Abdel Fattah al-Sissi de rester au pouvoir jusqu’en…2030. Alors que de nombreux Africains tentent de se débarrasser de dirigeants en place depuis des décennies, voilà que d’autres construisent publiquement leur durabilité ! Selon un article du site de la Deutsche Welle, le régime égyptien, “de plus en plus autoritaire, pourrait faire des émules en Afrique”, estime Hasni Abidi, du Centre d’Etude et de Recherche sur le Monde Arabe et Méditerranéen à Genève : “Certes aujourd’hui, l’Egypte qui préside l’Union Africaine ne donne pas le bon  exemple en matière de bonne gouvernance, surtout avec les crises qui secouent l’Afrique. La dernière en date, celle du Soudan où par exemple l’UA doit prendre des sanctions en vertu de la déclaration de Lomé qui ne reconnait pas un régime qui s’installe suite à un coup d’état militaire.” De son côté, Wadih el Asmar, président d’Euromed Droits de l’Homme, a déploré “une dégradation assez grave de la démocratie en Egypte, de la situation des droits humains malgré quelques petites améliorations avec la libération conditionnelle  de certains activistes. Mais ces activistes sont toujours empêchés de sortir de l’Egypte et donc de s’exprimer librement sur ce qui se passe dans le pays.”

• Un “déni de démocratie” plane
sur le BÉNIN

Plus la perspective des élections législatives (83 députés) de fin avril 2019 approche, plus la nature autocratique du pouvoir du président (élu en 2016), Patrice Talon, se dévoile. ” L’opposition ne participera pas au scrutin”, souligne un récent article de L’Express. Non pas par choix de boycott, mais en raison de refus de candidatures orchestré par M. Talon, via un nouveau code électoral. Seuls restent en lice des partis affiliés au pouvoir. “C’est la première fois que les partis politiques de l’opposition ne participeront pas aux législatives, depuis l’ère du renouveau démocratique en 1991” après des décennies de régime communiste sous Mathieu Kérékou, rappelle à L’Express Steve Kpoton, juriste et analyste politique. Le cap visé par Patrice Talon, ? Remporter ces élections pour… changer aussitôt la Constitution du pays ! Mais attention, la société civile béninoise est très politisée…

• SOUDAN – ALGÉRIE : l’armée
aux avant-postes

Que ce soit à Alger ou à Khartoum, les contestations populaires de ce début 2019 ont pour l’instant débouché sur un rôle renforcée de l’armée sur la scène politique des deux pays. Comme le souligne l’agence Sputnik (citant Le Figaro) dans un article du 13 avril, les scénarios algérien et soudanais ont ceci de commun de voir les deux états majors militaires à la manœuvre. Tous deux fortement impliqués (sécurité, économie, renseignements) dans les structures des anciens régimes toujours en sursis, l’armée est à l’affût tout autant qu’elle a déclenché la destitution des deux présidents. Manœuvre habile et prévoyante mais qui ne semble pas jusqu’ici avoir abusé la population dans la rue. Reste à savoir comment les Algériens et les Soudanais vont pouvoir empêcher à l’avenir ces corps organisés militairement de se maintenir au pouvoir. Après le sabre, le fusil ? A moins que ces armées ne soient elles-mêmes tiraillés par des clivages, avec des fractions de soldats et cadres sensibles au vent démocratique qui souflent enfin sur ces deux pays arabes d’Afrique…

• SOUDAN : contestation et…
coup d’État militaire

Après plusieures semaines de manifestations massives dirigées contre le régime, le président soudanais Omar El Bechir a été destitué le 13 avril. Dans son article “Le dernier jour d’u tyran” publié par le journal Libération, Hala Kodmani souligne : “Le renversement d’El-Béchir a été annoncé par son ministre de la Défense au nom d’un «Conseil militaire de transition» mis en place pour une durée de deux  ans. Suspension de la Constitution durant cette période, instauration de l’état d’urgence pendant trois mois et d’un couvre-feu d’un mois, fermeture de l’espace aérien, etc. Le communiqué lu par le général en treillis Awad Ahmed Benawf était dans la pure tradition des putschs à l’ancienne dont les pays arabes et africains sont familiers depuis les années 1960“. Comme en Algérie, l’armée est aux commandes de la transition à Karthoum. Une sévère menace pour l’aspiration à la démocratie des peuples soudanais et algérien…

• BOUTEFLIKA parti, le régime
veut contrôler la transition…

Déjà en Tunisie, en 2011, la question était posée : le départ ou la fuite d’un Président suffit-il à changer l’ancien régime ? A cet égard, la démission finalement annoncée d’Abdelaziz Bouteflika, avant le 28 avril, est-elle une nouvelle “mannœuvre du pouvoir” pour gagner du temps et, au fond, garder le contrôle sur le mouvement populaire de transition entamé dans le pays début février ? Beaucoup en Algérie craignent que la mobilisation s’essoufle, donnant la possibilité aux anciens du régime – et à l’armée – de rester aux commandes. De son côté, interrogé sur France Info, Omar Belhouchet,directeur de publication du quotidien “El Watan”, estime que “nous allons nous diriger vers une transition politique qui permettra au pays de changer de système politique.”. Puis il précise : “il y a une porte qui s’ouvre vers l’avenir” et ‘”elle va se refermer sur tous ceux qui ont, par le passé, géré les affaires publiques”.

• Fraude électorale et violences
aux COMORES

© GIANLUIGI GUERCIA / AFP

Avec 60,77 % des suffrages, Azali Assoumani, au pouvoir depuis 2016, a largement devancé son principal adversaire, mais l’opposition dénonce un « coup d’Etat institutionnel ». Son principal adversaire, Mahamoudou Ahamada, du parti Juwa, a immédiatement « rejeté les résultats », dénonçant « un coup d’Etat militaire à travers une élection présidentielle ». Il a appelé « la communauté internationale à ne jamais reconnaître la réélection d’Azali ». Plus largement, l’opposition et la société civile comoriennes ont dressé le bilan du scrutin, dénonçant, selon Le Monde Afrique, “des bureaux saccagés, des urnes bourrées ou confisquées par la gendarmerie et des assesseurs de l’opposition empêchés de faire leur travail“. Lundi 25 mars, les forces de l’ordre ont violemment dispersé une manifestation qui dénonçait le “hold up” électoral d’Azali. « Des bureaux de vote ont été fermés dès 16h30 sur ordre des forces de l’ordre, elles se sont chargées de la récupération des urnes avant toute opération de dépouillement », a dénoncé l’Observatoire des élections. Sur l’île d’Anjouan, en majorité hostile au président sortant, l’armée est intervenue pour disperser la foule en colère, faisant un mort et une dizaine de blessés, selon l’ONG.

• Algérie : les ISLAMISTES en embuscade ?

La transition démocratique amorcée en Algérie sera-t-elle l’occasion pour les organisations islamistes d’entrer dans le jeu politique ? Dans un entretien accordé le 22 mars 2019 au site Sputnik, le Général major Ali Ghediri – retraité de l’Armée nationale populaire (ANP) et candidat à l’élection présidentielle reportée -, minimise le risque pour son pays. “Le pouvoir n’a eu de cesse d’agiter l’épouvantail islamiste pour dissuader les Algériens de descendre dans la rue, au prétexte que l’on pourrait repasser les mauvais moments connus dans les années 1990 [décennie noire, ndlr]. Ce qu’il y a lieu de rappeler, en l’espèce, est un constat: l’islamisme a été vaincu militairement et politiquement”. Avant de poursuivre : “Les islamistes ont compris qu’ils n’ont de place dans cette Algérie qu’en se conformant à l’ordre établi. C’est bien dans la démocratie qu’ils peuvent jouir de la liberté politique, sans pour autant chercher à imposer, par la violence, leur point de vue au reste de la population. C’est une question réglée. Nous l’avons fait dans la violence et dans le sang, mais nous l’avons réglée”.

• L’ARMÉE, “frère” du peuple algérien ?

Le site ORIENT XXI propose une analyse intéressante de Jean-Pierre Séréni sur l’armér algérienne dans la tourmlent des récents évènements. L’auteur rappelle notamment que “l’Armée nationale populaire (ANP) qui, depuis l’indépendance en 1962, a toujours été le décideur politique du pays en dernier ressort. Elle seule dispose d’assez de force pour faire face à la marée humaine qui envahit les villes du pays chaque semaine. La police, trop faible et trop proche de ses compatriotes, peut à peine protéger les deux sites symboliques que sont le palais présidentiel à Mouradia et le gouvernement au Forum”. Depuis le début de la mobilisation de la rue algérienne, cette armée a évolué dans ses positions officielles. Son chef, le général Ahmed Gaïd Salah, s’est d’abord rallié au cinquième mandat de Bouteflika. Trois jours avant le 8 mars, un point haut de la contestation, il a changé de discours et repris le thème favori de la rue : « Le peuple et l’armée sont frères ». Depuis, il s’est contenté d’insister sur l’unité entre civils et militaires. Un chose est sûre, cette armée forte et structurée jouera un rôle majeur dans la transition qui vient de s’engager en Algérie. Et la menace d’un scénario à l’égyptienne plane dorénavant sur Alger…

• ALGÉRIE : une démocratie en transition ?

L’Algérie est entrée le 10 mars 2019 dans un processus de possible démocratisation de la vie politique du pays. A voir et écouter sur cette étape l’intervention du journaliste Akram Belkaid sur France 24 qui qualifie assez justement d’ “entouloupe constitutionnelle” le recul de Bouteflika pour un cinquième mandat. Mais, comme l’ont bien compris les Algériens, ce qui est en jeu est bien le “régime” de Bouteflika et non le président lui-même. Comme en Tunisie après la fuite de Ben Ali, en janvier 2011, les Algériens vont devoir être vigilents et maintenir la pression pour qu’une véritable démocratisation de la vie politique s’installe en Algérie. Quelle forme pourra-t-elle prendre ? Les choses sont bien sûr à inventer, mais une double menace pèse : le rôle de l’armée algérienne, très structurée et traditionellement proche du pouvoir, et la capacité de la société civile algérienne de faire émerger de véritables cadres politiques militants et défenseurs de la démocratie.

• SÉNÉGAL : une démocratie
en trompe l’œil

La victoire dès le premier (58,27 %) tour de Macky Sall à l’élection présidentielle de février 2019, au Sénégal, pourrait apparaître comme un modèle d’élection démocratique. A bien y regarder, toutefois, le scrutin sénégalais présente de nombreuses failles. Pour l’universitaire Etienne Smith, (science Po Bordeaux), membre du laboratoire LAM (Les Afriques dans le monde), dans un article publé par The Conversation, cette élection décline les “les faux-semblants d’une démocratie modèle”. Premier constat : “La démocratie sénégalaise est connue pour sa capacité à produire des alternances (en 2000 et en 2012), qui nourrissent des récits parfois mythifiés sur la capacité de l’électorat à faire tomber le sortant et sur l’émergence d’une nouvelle citoyenneté émancipée des travers du clientélisme”.
Second constat : Macky Sall a réussià écarter deux candidats potentiels perçus comme les plus dangereux pour lui : Karim Wade, fils et ministre tout-puissant sous la présidence d’Abdoulaye Wade, puis Khalifa Sall, maire de Dakar et pressenti pour être le chef de file de l’opposition. Enfin, troisième piste : “Comparé à d’autres États africains ou des « Suds », le Sénégal fait traditionnellement bonne figure démocratique avec son retour précoce au pluralisme politique encadré (1976), puis libéralisé (1983), sa liberté de la presse et ses deux alternances de 2000 et 2012. Les réalités institutionnelles sont, cependant, souvent moins reluisantes que l’image de vitrine démocratique entretenue par la presse internationale”.

• “Démocraties” en Afrique :
le classement EIU 2018

Le media Economist Intelligence Unit (EIU) a publié son rapport sur la démocratie dans le monde en 2018. Pour rappel, cet Indice/ classement créé en 2006 donne un aperçu de l’état de la démocratie dans 165 Etats indépendants et deux territoires. Côté méthode, l’EIU se base sur cinq familles de critères : le processus électoral et le pluralisme ; les libertés civiles ; le fonctionnement du gouvernement ; la participation politique ; et la culture politique. Les pays sont alors selon quatre types de régimes à savoir « pleine démocratie », « démocratie imparfaite », « régime hybride » et « régime autoritaire ». Dans son rapport 2018, l’EIU prend en compte 50 États d’Afrique : 9 figurent dans le top 20 des pires démocraties du monde dont deux dans la région MENA et les sept autres en Afrique subsaharienne. Dans cette dernière région, seuls 12 des 44 pays pris en compte ont enregistré une amélioration de leur score global tandis que 9 se sont détériorés et environ la moitié a stagné. En Afrique du Nord, si le Maroc a enregistré une légère hausse de son indice national de démocratie, c’est surtout la Tunisie qui passe dans la catégorie des « démocraties imparfaites ». Enfin, seul Maurice figure dans la catégorie des « pleines démocraties » ; huit sont des “démocraties imparfaites”, et 15 des « régimes hybrides » (à mi-chemin entre régimes autoritaires et démocraties), tandis que les 26 autres sont classés dans les “régimes autoritaires”.

• NIGÉRIA : élections et extrême pauvreté

Un enfant dans Orisunbare Ijora Badia, un bidonville de Lagos

Alors que le président sortant, Muhammadu Buhari, a été réélu pour un deuxième mandat de quatre ans à la tête du Nigéria, la situation sociale du pays le plus peuplé d’Afrique (presque 200 millions d’habitants) présente d’importants contrastes. Benjamin Augé, chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales (IFRI), analyse dans Le Monde Afrique les fractures qui traversent le géant africain. “Si, pour le grand public, l’image du Nigeria peut être celle d’un pays créatif avec des entreprises dynamiques (banques, pétrole, mode, cinéma, assurances…), ce n’est qu’une facette de ce pays. La réalité est tout autre : sur 196 millions d’habitants, 70 % vivent au-dessous du seuil de pauvreté. C’est un taux très élevé, supérieur à celui de la République démocratique du Congo. Ce pays fonctionne à l’inverse d’un Etat-providence, et les rentrées en devises n’y sont que très marginalement réinvesties dans la mise en place de services publics”. Qu’en est-il de la redistribution de la manne pétrolière ? “Depuis les années 1960, la classe politique s’enrichit sans construire un Etat, poursuit le chercheur. La captation de l’argent des ventes de pétrole est généralisée et profite à quelques tradeurs qui opèrent dans le secteur, mais surtout aux hommes politiques qui réinvestissent peu dans le pays et placent une bonne partie de leur fortune à l’étranger. Le président n’a pas réussi à endiguer cette corruption, alors qu’il s’était fait élire sur ce thème de campagne”.

• FREEDOM HOUSE 2019 :
la démocratie “en recul”

Publié en février 2019, le dernier rapport de l’ONG américaine Freedom House (sur la démocratie et les libertés dans le monde) souligne qu’en Afrique subsaharienne, “en dépit du fait que plusieurs des pays les plus performants au monde en matière de respect des droits de l’homme s’y trouvent, la région a globalement connu des progrès inégaux, même dans les années 1990 et au début des années 2000“. Toutefois, au cours des dernières années, les pays les plus performants, tels que l’Afrique du Sud, et les pays plus répressifs, tels que la Gambie et l’Éthiopie, ont connu une régression. “L’absence de respect de la loi, les atteintes à la liberté d’expression et d’association, la corruption généralisée et la discrimination à l’égard des femmes et de la communauté LGBT demeurent des problèmes graves dans de nombreux pays. Freedom House s’emploie à renforcer les élections et la mobilisation civique, la bonne gouvernance, la défense des droits de l’homme, la règle de droit et des médias indépendants sur l’ensemble du continent“.

• Les défis de l’UNION AFRICAINE en 2019

A l’occasion du sommet de l’Union africaine de février 2019, l’ONG d’analyse International Crisis Group a publié un rapport intitulé “8 priorités pour l’UA en 2019”. Le plus important de ces défis concerne la capacité de l’UA à gérer des crises locales attendues “où des gouvernements bien établis sont confrontés à un dangereux mélange d’agitation sociale et de contestation politique, précisent les analystes du Crisis Group. L’année 2019 vient de commencer, mais elle porte déjà les stigmates de la répression violente au Soudan, au Zimbabwe et au Cameroun, et de blessures plus anciennes causées par des crises persistantes en République centrafricaine, au Mali, en Somalie ou au Soudan du Sud. La remarquable transition observée en Ethiopie fait office de puissant contrepoids, mais à bien trop d’endroits – comme ailleurs dans le monde – les régimes autocratiques, les élites immuables, le comportement prédateur de l’Etat et la corruption alimentent la colère populaire. L’Union africaine sera-t-elle en mesure de relever ces défis ?”

• CORRUPTION contre démocratie

Selon le rapport 2018 de l’organisation Transparency International, le continent africain est la région du monde où la corruption est la plus forte, notamment dans les régimes autoritaires. Et forcément, comme le soulignent les experts : « la corruption est un facteur qui contribue à la crise de la démocratie », produisant « un cercle vicieux en sapant les institutions démocratiques »

• De la résistance face aux AUTOCRATIES

Dans le rapport annuel 2019 de l’organisation Human Rights Watch (HRW), son directeur exécutif, Kenneth Roth, consacre une longue analyse introductive à la thématique de “la résistance face aux autocrates”. “Contrairement aux dictateurs traditionnels, les aspirants autocrates d’aujourd’hui émergent généralement d’un contexte démocratique, explique-t-il. La plupart adoptent une stratégie en deux temps pour saper la démocratie : tout d’abord, désigner des minorités vulnérables comme boucs émissaires et les diaboliser pour construire un soutien populaire ; puis affaiblir les mécanismes de contrôle du pouvoir exécutif en place, nécessaires à la préservation des droits humains et de l’État de droit, tels qu’une justice indépendante, des médias libres et un tissu associatif vigoureux“. Après un long développement sur la “gouvernance autocratique”, le directeur exécutif de HRW analyse les formes de résistance qui ont vu le jour en 2018 dans différents pays (manifestations de rue, Institutions indépendantes, élections, etc.). “Les données du combat ont évolué, certains participants de longue date ayant disparu ou même changé de camp, conclut Kenneth Roth. Mais des coalitions efficaces sont apparues pour s’opposer aux gouvernements qui ne rendent pas de comptes à leurs peuples et ne respectent pas leurs droits”

• EGYPTE et YÉMEN : la France vend des armes

Mars 2019, quatrième anniversaire du début de la guerre au Yémen. Dans une note de synthèse, l’organisation Oxfam France, présente sur place dans 8 gouvernorats, dresse un bilan alarmant : “L’économie est anéantie, plus de 80 % des Yéménites vivent maintenant sous le seuil de pauvreté, plus de 3 millions de personnes sont déplacées et environ 24 million de personnes – soit 80 % de la population et 2 millions de plus qu’il y a 1 an – ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence”. Au total, 14 millions de personnes sont au bord de la famine, selon l’ONU, qui estime que le Yémen est devenu le théâtre de “la pire crise humanitaire au monde”. A l’occasion de cette triste date anniversaire, Oxfam France lance un appel pour que les belligérants et leurs soutiens – notamment la France – arrêtent d’alimenter ce conflit. Il faut “dire stop à la vente d’armes de la France à l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis. Ces armes exacerbent le co,nflit et participent à affamer la population”. Depuis 2015, la France a livré du matériel à ces 2 pays pour un montant supérieur à 4 milliards d’euros…

• Le site de “Médias & Démocratie”

Le site de la Plateforme franco-africaine “Médias & Démocratie” est en ligne. Trois promotions de journalistes africains (Tunisiens et Mauritaniens) formés à Tunis et Bordeaux, en immersion dans la rédaction du groupe “Sud-Ouest”. Au total, 42 jeunes formés sur quinze jours en 2016, 2017 et 2018, grâce au soutien de nombreux partenaires.