• CAMEROUN. Amadou Vamoulké maintenu en prison depuis 2016 !

Tribunal criminel spécial – Yaoundé – 21 novembre 2019

Le journaliste camerounais Amadou Vamoulké, 69 ans, ancien directeur de la TV nationale, croupit en prison (sans jugement) depuis plus de 3 ans. De sa cellule de la prison centrale de Yaoundé, il a écrit, le 25 novembre, la lettre suivante adressée au “Monde diplomatique”.

« Cri de détresse ». Lettre à « Le Monde diplomatique »25 novembre 2019 « Local 131. C’est la cellule de la Prison Centrale de Kondengui, à Yaoundé, devenue ma demeure depuis le 29 juillet 2016. Lorsque chacun de ses dix occupants de ces 20 mètres carrés s’est glissé sous son drap, je repense à mon professeur d’histoire qui nous enseignait la traite négrière. J’imaginais un de ces esclaves enchaînés, assis courbé dans une cale et se demandant : « Mais que fais-je ici ? Quels Dieux ai-je pu offenser ? ». L’esclave d’alors n’avait pas de réponse, pas plus que moi aujourd’hui puisque je ne saurais me satisfaire de celle que me donne la justice de mon pays : « Détournement de deniers publics par gonflement artificiel de la Redevance Audiovisuelle » au seul profit de la CRTV que j’ai dirigé entre 2005 et 2016. La Redevance Audiovisuel est géré par le seul Trésorier Payeur Général. Qui peut penser que, venant des bureaux de la Radio Télévision, j’aurais pu m’introduire dans ses services pour y manipuler ses livres comptables et ainsi « gonfler » les chiffres qui s’y trouvaient. Dès lors que la justice d’ici l’a admis contre tout bon sens, j’ai déjà passé plus de trois ans en prison et connu 24 renvois de mon procès qui s’apparente à une comédie… dramatique. Je continue à m’interroger sans cesse sur l’acharnement dont je suis la victime. Ma carrière ne peut en être la raison car mes collaborateurs, ma famille, tous plaident en ma faveur, mettant en avant ma probité et mon intégrité. Mais à quoi bon vouloir plaider ? Le Président Paul Biya pourrait lui-même témoigner en ma faveur puisque c’est à lui que j’ai écrit, dès ma nomination, pour refuser d’hériter du salaire de mon prédécesseur que je trouvais indécent et que j’ai ainsi pu diviser par quatre. Si ce n’est ma carrière, alors quoi ? N’entrevoyant aucune raison crédible, je ne peux qu’en livrer en vrac quelques unes, sans ordre hiérarchique : « il est hautain » (police, renseignement) ; « il n’a rien à faire à la CRTV » (un ministre), ; « il a montré à la télévision la fille du Président en tenue légère » (vidéo montage réalisé à mon insu pour décider le Chef de l’Etat à me démettre), « il a écarté l’entreprise de la fille du conseiller judiciaire du Chef de l’Etat » (ce qui est vrai… pour des raisons objectives) ; «  il n’est pas fiable » (comprendre « contrôlable), etc… . Il est vrai que j’avais veillé à ce que le professionnalisme ne soit pas trop sacrifié aux autres considérations incontournables. J’ai ainsi toujours placé le curseur, notamment éditorial, le plus prêt possible de l’équilibre, sans prendre le risque d’aller trop loin pour ne pas tout briser. Malgré les contraintes et les pressions, je pense avoir réussi à réconcilier les spectateurs camerounais avec leur radio-télévision publique qui doit se situer au « cœur de la Nation », un slogan que j’ai conçu et forgé pour la CRTV. Il est aussi vrai que j’avais signé, et tant que Président de l’Union des Journalistes du Cameroun, un mémorandum directement adressé au Gouvernement pour demander rien de moins que la libéralisation du paysage audiovisuel ainsi que la dépénalisation des délits de presse. Ces actions m’ont valu de fortes pressions et ont bâti une réputation d’ « électron libre », c’est-à-dire, dans le contexte national, celle d’une personnalité indésirable ! Aujourd’hui encore, par naïveté ou bien par confiance dans le devenir de mon pays, je n’arrive pas à admettre que tout cela puisse justifier l’acharnement judiciaire ainsi que le traitement inhumain dont je suis la victime en étant privé d’examens et de traitement médical adaptés à ma neuropathie sévère récemment diagnostiquée et pour laquelle je risque de perdre l’usage de mes membres inférieurs. Je voudrais continuer à espérer que ces paroles d’un penseur du XIXème siècle, Victor Cherbuliez, nous apparaîtront un jour comme une vérité dont nul ne devrait s’éloigner : « La vérité se venge, et quiconque la hait ou la méprise, tôt ou tard sera sa proie ».

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